Archive pour la catégorie 'Cancer'

Alcool et santé publique : abstinence ou modération ?

Verre de vinUne guerre de communiqués entre le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) et l’Institut national du cancer (INCa) faire rage sur la consommation d’alcool et la santé.

En décembre 2007, l’Institut National du Cancer a publié un rapport rédigé en partenariat avec le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe) intitulé : « Alcool et risque de cancers : Etat des lieux des données scientifiques et recommandations de santé publique ».

L’alcool impliqué dans de nombreux cancers chez l’homme comme chez la femme

Pour certains cancers, voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx et œsophage), foie, sein ainsi que colorectal, la relation avec la consommation d’alcool fait l’objet d’un consensus international.

Prévention des cancers : même une consommation modérée augmente le risque de cancer

La littérature scientifique étudiée dans ce rapport montre que le risque de cancers augmente avec la dose d’éthanol apportée par les boissons alcoolisées, sans effet de seuil. Autrement dit, même une consommation dite modérée (inférieure à 3 verres/jour chez l’homme et à 2 verres/jour chez la femme) augmente le risque quelque soit le type de boisson (c’est la quantité d’alcool apportée et non du type de boisson qui compte).

En 2009, une brochure « Nutrition et prévention du cancer » était éditée et diffusée avec, dans le chapitre boissons alcoolisées et risque de cancers, des conclusions très claires :

  • La consommation de boissons alcoolisées augmente le risque de plusieurs cancers (de 9 à 168 % par verre consommé par jour, selon les localisations).
  • Le risque augmente avec la quantité totale d’alcool consommée.
  • L’augmentation est significative dès une consommation moyenne d’un verre par jour, qu’elle soit quotidienne ou concentrée sur certains jours de la semaine.
  • Quel que soit le type de boisson alcoolisée, il existe un risque.
  • Étant donné la consommation élevée de boissons alcoolisées en France, il est important d’inciter les consommateurs à réduire leur consommation et de prendre en charge les buveurs dépendants.

En réaction, une demande de la ministre et de la direction générale de la santé

C’est à la lumière de ces éléments et de l’ensemble d’autres documents que le Haut Conseil de la santé publique a examiné à la demande de la ministre et de la direction générale de la santé s’il y avait lieu de modifier les et recommandations sanitaires actuelles en matière de consommation d’alcool.

Alcool : l’abstinence totale n’est pas préconisée selon le Haut Conseil de la santé publique

Le Haut Conseil de la santé publique reconnait que les données scientifiques objectivent un risque de cancer associé à la consommation d’alcool sans effet seuil et que les données analysées ne permettent pas d’estimer avec précision les risques attribuables aux consommations d’alcool à faible dose, mais avance l’argumentation suivante : « une recommandation nutritionnelle destinée au grand public doit tenir compte de l’ensemble des effets et impacts potentiels et ne pas se baser sur une morbi-mortalité spécifique » c’est-à-dire seulement celle du cancer !

Le Haut Conseil de la santé publique recommande de conserver le principe actuel de recommandations basées sur des repères de consommation ; mais préconise néanmoins d’engager un travail d’actualisation et d’harmonisation des repères de consommation, fondé sur des données factuelles, qui tiennent compte du risque attribuable aux faibles doses et d’effectuer pour cela un travail de synthèse des connaissances afin de préciser le risque attribuable aux faibles consommations d’alcool, et le cas échéant d’examiner la relation bénéfice/risque de la consommation d’alcool à faible dose ; afin que puisse rapidement être proposée une recommandation basée sur des données objectives.

Message de prévention et communication

Dans la logique de l’INCa (cancer, cancer et seulement cancer) et tenant compte que la consommation annuelle d’alcool en France étant l’une des plus élevées au monde, il paraissait important (et normal) d’attirer l’attention des consommateurs français de boissons alcoolisées sur le risque de cancers lié à la consommation régulière d’alcool ; le message d’abstinence peut paraître excessif mais logique pour un Institut national dédié au cancer qui fait le choix de ne pas prendre en compte le possible effet protecteur d’une faible consommation d’alcool sur la survenue de maladies cardio-vasculaires.

Mais pour développer une recommandation à visée de santé publique, il devient évident de prendre en compte l’ensemble des effets et des impacts potentiels et de ne pas se baser uniquement sur une morbi-mortalité spécifique, en l’occurrence le cancer.

Les messages actuels de prévention pour l’alcool s’appuient sur des niveaux de consommation à ne pas dépasser ; dans ce contexte, la brochure de l’INCa avec son message d’abstinence est totalement discordant, brouille et dessert les objectifs de santé publique.

Développer une politique de santé publique et communiquer efficacement des messages en rapport avec des objectifs scientifiquement définis ne s’improvise pas.
Consistance et répétition restent les bases de la communication vers le grand public.

Évolution de la mortalité par cancer en France de 1950 à 2006

Institut de veille sanitaire

Un volumineux rapport de 275 pages vient d’être publié par l’Institut de veille sanitaire sur l’évolution de la mortalité par cancer en France de 1950 à 2006.

Les données de mortalité par cancer en France sont présentées pour chaque année de 1950 à 2006, et les évolutions de la mortalité et de l’incidence sont comparées entre 1980 et 2005.

Des différences de localisation entre 1950 et 2006

En 1950, chez l’homme, le cancer de l’estomac était la première cause de mortalité par cancer, suivi par les cancers des voies aérodigestives supérieures et par le cancer de l’intestin (côlon, rectum ou grêle). En 2006, chez l’homme, le cancer du poumon est de très loin le plus fréquent, suivi à égalité par le cancer de l’intestin, le cancer des VADS et le cancer de la prostate.

Chez la femme, en 1950, le cancer de l’intestin était aussi fréquent que le cancer de l’estomac, et le cancer du sein était moins fréquent que ces deux cancers. Chez la femme, en 2006, le cancer du sein est de très loin le plus fréquent, suivi par le cancer du poumon et le cancer de l’intestin.

La mortalité tous cancers en baisse, des différences en fonctions des localisations

Chez les hommes, la mortalité tous cancers est passée de 309 à 243 pour 100 000, ce qui représente une diminution de 66 pour 100 000. Depuis 1989, chez l’homme, la mortalité par cancer diminue de 1,5 % par an. Cette diminution résulte surtout de la baisse de la mortalité par cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS), de la prostate, du poumon, de l’intestin et de l’estomac, et s’observe malgré l’augmentation de la mortalité par cancer du foie, de la peau et du pancréas.

Chez les femmes, la mortalité tous cancers est passée de 134 à 120 pour 100 000, ce qui représente une diminution de 14 pour 100 000. La mortalité diminue depuis 1963, et plus rapidement de 0,7 % par an depuis 1989. Cette diminution résulte surtout de la baisse de la mortalité par cancer de l’intestin, du sein, de l’estomac et de l’utérus, et s’observe malgré l’augmentation de la mortalité par cancer du poumon, du pancréas et de la peau.

Incidence et mortalité : deux indicateurs indispensables pour comprendre l’évolution de la maladie

L’incidence dépend beaucoup des pratiques diagnostiques : si on fait plus d’examens diagnostiques ou si les examens deviennent plus performants, on décèle un plus grand nombre de cas. La mortalité est moins dépendante de ces pratiques.

L’incidence ne dépend pas des progrès thérapeutiques, la mortalité en dépend, elle diminue si les traitements sont plus efficaces. Les liens entre les pratiques diagnostiques et la survie après diagnostic sont complexes.

Les évolutions de l’incidence et de la mortalité ne concordent pas toujours

En particulier l’incidence augmente et la mortalité diminue, au moins dans les années récentes, pour la prostate, le testicule, le sein, la thyroïde et l’encéphale et, seulement chez les femmes, pour les VADS. Pour la prostate, le sein et la thyroïde, l’augmentation de l’incidence résulte des changements de pratiques diagnostiques. La diminution de la mortalité par cancer du sein est expliquée par la généralisation du dépistage par mammographie, dont l’efficacité pour réduire la mortalité a été démontrée. L’augmentation de l’incidence du cancer de la thyroïde est limitée aux cancers papillaires dont la mortalité est très faible.

Des chiffres, des chiffres…

Ce rapport peut sembler un peu aride à la lecture mais « photographie » de façon précise la mortalité par cancer en France de façon dynamique de 1950 à 2006. A d’autres maintenant de relever les manches et d’essayer d’expliquer ces évolutions : amélioration des méthodes diagnostic, des thérapeutique, campagne de dépistage, place de l’environnement, modification du mode de vie et de l’alimentation…


La Santé dans la Cité est membre de

 

décembre 2009
L Ma Me J V S D
« nov    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Mon Twitter