Hôpital : entreprise ou pas entreprise ?

HôpitalDepuis la proposition de loi HPST (Hôpital Patient Santé Territoire), les débats vont bon train à l’Assemblée Nationale, au Sénat, mais aussi dans les milieux politiques, syndicaux, professionnels pour en devenir un vrai débat citoyen.

Dans les discussions, souvent enflammées, parfois teintées d’une pointe de corporatisme, les différents points de vue s’affrontent et un mot, habituellement absent du langage du monde hospitalier ; apparait : « entreprise ».

Pour les uns :

Pour les uns, cette loi n’a qu’un objectif transformer l’hôpital en « entreprise ». Il faut entendre ou lire les slogans « hôpital = entreprise ». « Entreprise » est pris comme une injure, un « gros mot » ; vous vous rendez compte, l’hôpital deviendrait une « entreprise », avec tout le dégoût que cela peut porter. A l’inverse, je n’ai jamais entendu un chef d’entreprise insulter son concurrent en lui disant que son entreprise ressemble à un hôpital !

Pour les autres :

Pour d’autres, ils l’affirment haut et fort l’hôpital est une entreprise ! C’est le cas de Jacques Attali qui, lorsqu’il s’exprime sur l’avenir de notre système de santé dit : »L’hôpital est une entreprise » mais il ajoute immédiatement, « pas au sens capitaliste, mais il constitue une organisation qui remplit un objectif. ».

Quel est la définition du mot « entreprise » ?

Pour Wikipédia, « dans un sens économique, une entreprise est une structure économique et sociale comprenant une ou plusieurs personnes et travaillant de manière organisée pour fournir des biens ou des services à des clients dans un environnement concurrentiel (le marché) ou non concurrentiel (le monopole) ».L’hôpital pourrait correspondre à cette définition mais bien évidemment avec un statut d’entreprise sociale, c’est-à-dire appliqué à l’économie sociale ; la finalité ne serait pas de faire du profit mais de répondre à un besoin de service pour la collectivité. Afin d’anticiper les besoins, de prévoir et organiser les outils et les compétences nécessaires pour satisfaire ces besoins, il est certainement préférable d’avoir un, et un seul, « pilote » : un directeur avec de vraies responsabilités afin de défendre efficacement (et de façon efficiente) l’intérêt collectif ; bref d’avoir une gouvernance à l’hôpital.

Arriverons-nous à sortir de cette opposition stérile ?

La santé est un bien tellement précieux que nous en avons, non pas le besoin, mais le devoir. Il ne doit y avoir qu’un seul vainqueur : l’intérêt collectif. Arrêtons de se jeter à la figure des injures, le mot entreprise n’est pas une injure, le mot « entreprise » fait sûrement peur, peut-être fantasmer ceux qui ne la connaisse pas, mais derrière ce mot il existe une réalité : anticiper les besoins, prévoir les investissements nécessaires, gérer les compétences… et la première richesse d’une entreprise sont les « femmes et les hommes » qui la composent. Médecins, infirmières, aides-soignants, administratifs, pharmaciens, techniciens, directeurs, comptables, etc. il ne s’agit pas de vous opposer mais au contraire de croire à l’intelligence collective et de vous donner les moyens de faire mieux votre métier dans un seul intérêt : celui des patients.

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3 Responses to “Hôpital : entreprise ou pas entreprise ?”


  1. 1 zenobie79 11 juin 2009 à 2 h 07 min

    Oui, on a bien compris que l’hôpital est une entreprise au sens d’organisation mais il y a un point, largement souligné par les sociologues et tout aussi largement ignoré de J.Attali: dans une entreprise « classique », les producteurs sont situés en bas de l’échelle hiérarchique et se doivent d’obéir aux ordres venus de l’encadrement. Or, à l’hôpital, les producteurs sont les médecins et chirurgiens, bref tout autre chose que de simples ouvriers spécialisés. En effet, non seulement ils sont largement aussi diplômés que les directeurs, mais leur pratique est encadrée par des règles bien précises: les « bonnes pratiques médicales » démontrées par les essais thérapeutiques, et les règles éthiques contenues dans le code de déontologie médicale, maintenant partie intégrante du code de la santé publique.
    Si donc la direction d’une usine de pneus peut décider de changer de mode de production et imposer de nouvelles règles à ses ouvriers, un directeur d’hôpital, sauf à devenir lui-même médecin, ne pourra pas (en théorie) imposer des pratiques particulières ni même une sélection des patients aux praticiens de son établissement.
    Donc, dire qu’un seul chef est nécessaire, c’est une évidence mais la direction ne pourra jamais être exercée qu’en étroite collaboration avec les praticiens, au risque, sinon, de les voir fuir ailleurs en des temps où le déficit de praticiens va dicter sa loi…
    C’est bien cet aspect singulier de l’hôpital qui est occulté dans le débat actuel sur la loi HPST et par l’équipe gouvernementale en place et qui risque fort, s’il continue d’être ignoré, de générer de douloureux « retours de bâton » dans les établissements où les directeurs se croiront tout puissants et essaieront de « mettre au pas » les praticiens. La concurrence en termes de recrutement va devenir de plus en plus rude dans les 10 ans à venir.
    Le risque, bien entendu, sera supporté par la population qui verra disparaître l’établissement public de proximité au profit d’établissements privés où les dépassements d’honoraires seront la règle ce qui exclura, de fait, les personnes les moins fortunées de l’accès aux soins.
    En matière de chirurgie (orthopédique en particulier), nous y sommes presque dans certaines régions et cela ne pourra que s’aggraver.
    En somme, tout l’enjeu de la loi HPST est la disparition pure et simple d’un certain nombre d’hôpitaux publics au détriment des intérêts de la population…

    • 2 Alain 11 juin 2009 à 10 h 40 min

      Merci de ton commentaire et de ton éclairage.
      C’est vrai que certains Directeurs d’hôpitaux seront autocrates, tyranniques, etc. avec l’obsession de vouloir « casser » du médecin ! Mais ceux-là (comme certains Chefs d’Entreprises dans le privé) ne resteront pas longtemps. Etre Directeur (ou Chef d’Entreprise) c’est avoir un rôle de « chef d’orchestre »; ce n’est pas lui qui dira aux médecins et aux personnels soignants comment ils doivent travailler, mais c’est lui qui donnera les moyens d’allouer les ressources en fonction du projet d’établissement qui sera bâti de façon consensuelle. Ce n’est pas lui qui définira les pratiques médicales dans l’hôpital mais c’est lui qui s’assurera qu’elles ont été correctement définies puis bien évaluées.
      Ne diabolisons avant l’heure les directeurs d’hôpitaux: oui il y en aura des très bons et d’autres très mauvais. La richesse de l’hôpital (comme celle de l’entreprise) reste et restera les « Hommes ». Un bon directeur prendra soin de s’entourer des meilleurs, de s’assurer qu’ils sont bien formés, de leur donner les moyens de continuer à se former aux dernières pratiques et techniques, et enfin, de leur donner un cadre de travail le plus adapté.
      Ne faisons pas trop tôt de procès aux directeurs d’hôpitaux, nous aurons bien le temps après !


  1. 1 L’hôpital-entreprise, c’est quoi? | L'hôpital-entreprise : quelles conséquences sur les relations? Rétrolien sur 24 décembre 2014 à 14 h 13 min

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